L’homme est un infirme, prisonnier de ses dimensions

Sa noblesse est d’avoir admis son infirmité et d’être

parfois pareil à un paralytique rêvant qu’il court.

Notre prison n’a que trois murs et c’est contre le quatrième mur

que le prisonnier s’acharne, sur ce quatrième mur invisible

qu’il écrit ses amours et ses rêves.

Tout est prison dans cette affaire et l’artiste en est une

lui même, incapable d’en sortir sauf par des œuvres

qui prétendent échapper au bagne que nous sommes.

C’est ce qui leur vaut une allure suspecte de bagnard

qui s’évade, allure qui explique pourquoi la société

lâche derrière elles sa police, ses sifflets et ses dogues.

Tentatives de fuite, qui plus secrètes chez l’écrivain,

deviennent plus frappantes lorsque la vie d’un peintre

les illustre. Soit dans la malchance, soit dans la chance,

un Van Gogh, un Picasso s’acharnent contre leur prison

et contre eux-mêmes, écrivent avec un clou et leur propre sang,

tordent les barreaux du soupirail par lequel ils s’imaginent

entrevoir une liberté factice qui n’est qu’un songe, puisque

les murs qui les enferment se succèdent à l’infini.

 

 

 

Discours de réception de Jean Cocteau en 59 à l’académie francaise.

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